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Quelles leçons tirer de la crise à Strasbourg ? 

Tribune d’Eco-Quartier Strasbourg dans le cadre des élections municipales

 

Habiter demain

 

La crise sanitaire que nous traversons actuellement est l’occasion de découvrir qu’une ville durable est avant tout une ville robuste et agile. Les solutions engagées pour réduire l’empreinte écologique de nos villes ne sont pas suffisantes pour faire face aux bouleversements majeurs qui nous attendent. 

 

Voilà bientôt 20 ans que l’association Eco-Quartier Strasbourg milite pour développer de nouvelles manières de fabriquer les villes et aménager les territoires en s’appuyant sur les initiatives citoyennes, avec un double impératif écologique et solidaire. En 2000, le terme éco-quartier a été créé pour appeler à un urbanisme plus écologique. En 2010, nous l’utilisions pour appeler à un renforcement du rôle de l’habitant dans l’aménagement urbain. En 2020, ces convictions sortent renforcées de deux mois de confinement.

 

L’expérience d’une vie recentrée sur le logement et le quartier (le fameux 1km des autorisations de sorties) durant deux mois, auront permis d’exposer des inégalités criantes d’accès à des espaces privés et publics de qualité, une place trop peu laissée à la nature en ville, une difficulté d’accès aux services et aux filières alimentaires, mais aussi un levier d’action trop peu souvent favorisé, à savoir le lien social et pouvoir d’agir des citoyens dans la stratégie de gestion des territoires. 

 

Strasbourg, pour une métropole du vivant

 

Pour limiter l’étalement urbain, préserver les espaces de nature et les zones agricoles péri-urbaines, les stratégies de développement ont conduit à privilégier le coeur de la métropole en concentrant les services et en y densifiant l’habitat.  C’est une orientation politique qui s’est opérée au détriment de la qualité de vie en ville, et dont la conséquence s’est illustrée, durant la campagne municipale, par un rejet massif d’une « bétonisation exacerbée ». Il s’agit donc de retrouver ce qui fait sens dans le fait d’habiter la métropole strasbourgeoise.

Nous avons constaté durant le confinement le réinvestissement de l’espace public, la reconquête d’une rue apaisée et respirable. En l’espace de si peu de temps, la rue qui n’était plus réduite à une fonction de circulation donnait aussi à voir de nouvelles scènes de vies, des moments festifs même à distance et des espaces d’expression. Nous avons vu une très forte demande pour les espaces de nature qui rendent la densité plus acceptable. La végétalisation n’est pas une option. Le changement climatique nous impose de nous adapter et de nous préparer à la hausse des températures. Verdir la ville pour limiter les îlots de chaleur, préserver la biodiversité et les écosystèmes y compris dans le milieu urbain, maintenir notre capacité alimentaire sont autant de nécessités pour que notre métropole reste vivable.

 

Nous ne pouvons pas tout planifier. Mais nous pouvons apprendre à nous organiser, produire la ville et la gérer en prenant en compte ses habitants et ses usagers, en assurant un logement adapté et de qualité à chacun, en favorisant la culture de l’engagement et le pouvoir d’agir. Pendant le confinement nous avons entendu de nombreux témoignages de solidarités entre voisins. Cela nous renforce dans la conviction qu’il faut recréer des espaces de dialogue et de participation à l’échelle de l’immeuble ou du micro-quartier. Il faut stimuler et soutenir les initiatives citoyennes par des lieux de proximité, à l’exemple de la Maison citoyenne [lieu convivial de rencontres et d’initiatives locales, géré par et pour des habitants et associations de quartier à Neudorf], en apportant aux habitant.e.s des ressources pour agir, et des facilitateurs pour aider à s’organiser collectivement.

 

Maintenir ou recréer une véritable ceinture verte, pour la biodiversité et la culture vivrière, même en plein coeur de métropole est nécessaire. Cessons de repousser les limites de la ville dès que de nouvelles infrastructures, bien souvent démentielles et infondées, sortent de terre. L’autonomie alimentaire et l’accès à une nature de proximité est autant à penser sur les franges de la ville que sur son bassin de vie. »

 

D’autres territoires montrent la voie

 

Souvent considérés comme les perdants du phénomène de métropolisation, parce qu’ils renouvellent avec plus de difficulté leur population et leurs services, les territoires péri-urbain et ruraux sont essentiels dans la stratégie de développement des bassins de vie. Le confinement a mis en perspective leur capacité à apporter des espaces plus respirables et nourriciers. Il faut intensifier la coopération entre la métropole strasbourgeoise et le bassin de vie alsacien.

 

La reconnexion à la nature s’est révélée essentielle pendant le confinement. Ces espaces, qu’ils soient proches des bourgs ou sauvages sont insuffisamment protégés. Le développement du tourisme de proximité doit s’accompagner d’une véritable réflexion sur la “consommation” de la nature. Il paraît incontournable de réduire la part des véhicules motorisés et de conforter d’autres alternatives pour permettre  l’accès à une nature préservée ou de loisir à chacun.

 

Dans le même registre, des communes qui subissent une disparition continue des services et des activités persistent dans le développement de zones résidentielles ou logistiques, au prix d’un appauvrissement du patrimoine architectural et des espaces naturels. Cette stratégie n’a pas d’avenir, sinon la promesse de nouvelles fragilités. 

 

Il n’y a pas de territoire qui soit exempt de la nécessité de la transition écologique. Tous ont un besoin urgent de limiter leur dépendance à la voiture individuelle, de réinvestir les centres-bourgs et de laisser la place à de nouvelles envies d’habiter et de travailler plus collaboratives. Il s’agit aujourd’hui de rassembler les acteurs de ces territoires pour conduire cette nouvelle stratégie, en créant de l’engagement citoyen, et en renouvelant les modes d’implication des habitants.

 

Eco-quartiers pour tous !

 

En 1968 Henri Lefebvre inventait  le “droit à la ville” pour tous. Est ce que tout le monde pourrait aujourd’hui aspirer à un quartier durable, vivant, désirable ? 

 

Le mythe de l’écologie, de l’éco-quartier comme un microcosme « bobo » a vécu. L’attention pour un environnement et une nourriture saine s’élargissent progressivement, y compris dans les quartiers populaires et auprès des nouvelles générations. Partout où nous intervenons nous entendons le désir d’un cadre de vie apaisé, avec des espaces de vie adaptés aux usages des enfants ou des plus âgés, qui soient propices à plus de convivialité et de lien social.

 

En travaillant avec les enfants d’un quartier sur la place du citoyen dans la ville et ses dynamiques de transformation, il devient possible de créer des espaces de dialogue entre générations, mais entre habitant.e.s et institutions. C’est pourquoi nous prêtons une forte attention dans nos actions, à recueillir la parole de chacun et à travailler à la mise en commun des points de vue pour mobiliser et mettre en mouvement plus largement.

 

Nous avons la conviction qu’en étant aux côtés des habitants des territoires ”subis”, en renforçant leur confiance, leur pouvoir d’agir, ils peuvent transformer leur quartier en un lieu désirable et désiré, respecté, habité à tous les sens du terme.

 

En conclusion, à l’heure où les catastrophes climatiques, sanitaires, économiques et sociales semblent faire partie de notre quotidien et vont nous obliger à nous adapter en permanence, nous pensons qu’il est temps d’opérer les changements nécessaires. Repenser les échelles de solidarités et de coopérations, entre la métropole et son bassin de vie, redonner à la nature et au vivant sa juste place, celle au-dehors et à l’intérieur des villes, rechercher l’accès pour tous à de l’habitat et des espaces de qualité qui permettent des pratiques plus écologiques, de l’entraide et de l’autogestion.

 

Les changements ne pourront être effectifs que s’ils sont appropriés, discutés et décidés collectivement, et si l’on s’autorise le droit à l’expérimentation et à l’innovation dans la manière d’organiser le territoire et d’y associer l’ensemble de ses habitant.es.

 

l’Association Eco-Quartier Strasbourg

 

Comité collégial : Francine Wencker- Pascale Giraud – Marie-Paule Mawhin – Lauren Ciancio – Cécile Fassel – Bruno Parasote – Samuel Jablon -François Desrues – Michel Boitard – Bernard Schwaller – Jean-Louis Billault

Equipe opérationnelle : Anne-Laure Euvrard – Valérie Vogel  Emmanuel Marx

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